Vendredi 21 avril 2006
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08:36
Aujourd'hui, je vais faire appel à votre imagination.
Histoire de vous faire partager mon mal au crâne...
Imaginez donc, que vous rechercher des renseignements concernant un procés entre la ville de Marseille et des gentilshommes verriers, disons vers 1718.
Alors, comme vous n'étes pas des truffes, vous vous dites, "oh, ben c'est pas compliqué, hein, doivent avoir ça aux Archives Municipales ! Yaka demander !"
Et hop, vous v'là en route.
Jusque là, ça va.
Votre raisonnement est bon, les AM possèdent en effet toutes les délibérations municipales depuis le XIV° siècle, et l'année 1718 est accessible sans problème.
Toute guillerette, vous vous installez confortablement en salle de lecture et vous attendez que l'on vous amène le dit-document.
Parce que les archives c'est chouette, c'est comme au restaurant, on vous sert à table.
A l'arrivée de la liasse , comme d'habitude, c'est d'abord l'émotion.
Deux gros dossiers sont devant vous, encore fermés par leur liens d'origine, pâles et odorants comme seuls les très vieux papiers peuvent l'être.
Avec respect, timidement, religieusement, vous défaites les cordons si fragiles et vous commencez à tourner les pages.
A première vue, rien d'inhabituel, l'écriture semble bien lisible, aérée, délicate.
Oh, bien sûr, vous vous rendez compte tout de suite que le scribouilleur de service a pris son travail très au sérieux, qu'il est très sensible aux modes de son temps et qu'il a enrichi son écriture de volutes fort gracieuses.
Mais bon, pourquoi pas hein, il fait ce qu'il veut ce brave homme, vous vous en foutez, vous.
C'est quand vous vous penchez d'un peu plus près que vous sentez monter les premiers frissons d'angoisse...
Cet espèce de salopiot de sale bête passe son temps à relier ses lettres par des traits et des volutes totalement inutiles à la lecture, et le pignouf colle entre eux des mots qui ne devraient pas l'être, et il a une orthographe de cochon moldave(*).
Bien sûr, il n'y a ni index, ni table des matières thématique.
Non, non, non, c'est tout chronologique...
Et vous, vous n'avez aucune idée de la date de votre procés...
Va falloir tout se bouffer....
Les 300 et quelques pages...
Et leurs copines de la seconde liasse...
C'est là, au bout de deux heures, quand les yeux commencent à pleurer et que vos neurones se barrent en vacances, que vous vous demandez vraiment pourquoi vous n'avez pas décidé d'occuper vos loisirs à faire des maquettes en allumettes.
(*)Sainte Thérèse copyright
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