Quand j'étais une petite jeunette de printemps (autant dire, il y a une bonne trentaine d'années de cela), j'ai eu une révélation.
Une vraie.
De celles qui te marquent pour la vie toute entière jusqu'à ta mort et orientent le moindre de tes choix.
Je rentrais benoîtement de l'école, rien de spécial à l'horizon, pas de comète traversant le ciel ni de trompettes retentissant dans les nuées.
Rien.
Et tout à coup, entre deux pensées vagues, une évidence, une fulgurance, la Vérité frappant à la porte de mon cerveau :
Quoi que l'on fasse, on trouve toujours moyen de vivre jusqu'à l'heure de sa mort.
Ca n'a l'air de rien, mais il ne faut pas oublier que je n'avais jamais entendu parler de Monsieur de la Palisse.
Les implications induites par cette révélation s'enchaînèrent dans mon esprit à la vitesse d'une réaction moléculaire :
Pourquoi me prendre la tête pour organiser ma vie puisque je serai vivante jusqu'à ma mort ?
C'est ainsi que je devins la petite fille la moins obsédée de son avenir qu'il me fût donné de connaitre.
Pas une glandeuse, ni une roublarde, non, juste une inadaptée chronique incapable de s'inquieter de ses jours futurs.
Je ne peux pas dire que cette particularité de mon caractère a amené la paix et la sérennité à mon entourage au fil des années.
Non, franchement, on peut pas dire.
Mais elle n'a pas eu que de mauvaises conséquences.
Bien sûr, je n'ai pas fait les études qui auraient dû être les miennes, je n'ai pas fait de carrière et mes coups de tête n'ont que peu fait rire mes banquiers au cours du temps qui passait.
Mais, je n'ai, en contre-partie, jamais travaillé pour des cons plus de quelques semaines, je ne suis jamais resté à ma place et je n'ai que bien rarement laissé ma langue dans ma poche.
J'ai appris une vingtaine de métiers différents et suis autant capable de monter un mur de pierres à la chaux ou de poser une toiture en ardoises taillées à l'ancienne, que d'organiser des réunions de marketing, faire l'attachée de presse ou rédiger un texte sur commande.
Naturellement, je sers aussi en terrasse, fais valser les friteuses à la demande et repasse en pressing entre deux postes de chargée de clientèle ou de truc-muche au fond d'un bureau.
Tout ça pour vous dire, qu'au-delà de tous les inconvénients de ma révélation, je ne regrette pas mes choix.
La majorité d'entre eux tout au moins.
Ainsi, je n'ai jamais, ou presque, gagné ma vie avec mes passions.
De moins en moins, en fait.
Plus je vieillis, plus je suis sensible à la morale et à la déontologie.
Et c'est pas pratique pour manger.
Mais c'est mieux, pour dormir.
Vu de l'intérieur, les milieux universitaires et enseignants, ceux de presse ou d'édition, les associatifs et les créatifs, les gens de scènes ou de lumière, n'ont plus que leur être à te donner.
Et, ce n'est franchement pas toujours reluisant.
Je n'ai pas su faire à l'époque avec les compromissions nécessaires , je le regrette pour deux trois trucs, comme ces duchmol d'études d'histoire jamais finies qui me manquent tant aujourd'hui.
En toute modestie (tu parles...), ce ne sont pas les connaissances qui me manquent, mais, la peau d'âne.
Celle qui me permettrai de trouver une planque au smic quelques heures par jour au lieu de faire valser les friteuses au fond d'un snack avant de cavaler à l'autre bout de la ville pour trifouiller mes archives.
L'envie du piston et de l'emploi fictif me gagne, ça doit être un effet de l'hiver finissant, ça va passer.
Je le sais.
Et finalement, les frites, c'est pas si mal, au moins t'as la conscience nette, à défaut d'avoir les mains propres.
Surtout si tes frites sont chaudes et que tu n'oublies pas le sel.
ça marche pour le toit ! j'ai travaillé sur la restauration du Fort Carré d'Antibes quand j'avais seize ans.
Alors, même que je sais poser des tuiles romaines sans crochet, comme il faut, avec des coussinets de mortier à la chaux ! Na.
Sans compter toutes les combinaisons possibles
Exemple: Tu pourrais venir faire un peu de chaux vive sur la face à mon patron?
MillePattes > je ne suis pas toujours certaine d'avoir fait les bons choix, ô que non ! et il y a souvent plus de courage à fermer sa gueule et à assumer ses charges qu'à l'ouvrir pour se dédouaner. Pour les archives, c'est très loin d'être fini, il semblerait même que ça prenne une tournure assez importante.
Drenka> heu, comment te dire ça?...on ne fait pas de mortier avec de la chaux vive, ça serait un poil dangeureux. Pour ton patron, adresse-toi aux associations de défense du litorral, il doivent avoir un peu de goudron en réserve, avec des plumes d'oiseaux morts ce sera très jouli. Bises à toi.
Zyd > ouiais, et même du ketchup et de la sauce blanche.
Mamicha > chut...faut pas le dire, après, tout le monde y va vouloir des chichis tout chauds...
Angel > du respect de ta part, c'est comme de la chantilly sur des fraises : doux, fort, irrèsistible.
Quant au caractère, le tien m'a l'air de n'avoir rien à envier à personne ! coincoin power en force !!! (ps : toujours pas de nouvelles de ton p'tit cadeau ?)
Oui, mais on s'en sert pour blanchir les murs (afin que la glycine éclabousse de bleu la blancheur des bastides). Et mon chef, ça lui ferait pas de mal un piti peeling de sa goule.
Je découvre votre blog.
Je voulais juste vous dire merci. A travers ce texte, je me reconnais. Particulièrement, lorsque adolescente avide de liberté, je n'ai pas vu la nécessité de faire des études (au grand désespoir de ma mère).
En fait, je n'en ai jamais vraiment souffert, sauf le jour, où quelqu'un m'a fait remarquer " Comment pouvez faire ce travail, vous n'avez même pas le bac" et là j'ai eu l'impression qu'il me collait une étiquette "grosse nulle", (ben non j'n'ai pas le bac, m'sieur, mais j'ai travaillé dur le soir, pendant que mes enfants dormaient, pour passer des concours).
Merci.
Un tel article vaut à son auteure un grand pranam de Swâmi Petaramesh, ainsi que le transfert immédiat de son blog de la liste de liens des blogs de choix, vers celle, courtissime, des blogs essentiels...
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Je t'offre bien volontiers une corbeille de tendresses.
Ps: je dois refaire mon toit au printemps ;)