Lundi 1 mai 2006

Le Monde avait mis sa culotte à l'envers.

Et des Saint Eloi de partout

le lui claironnaient à l'oreille.

 

Le Monde avait mis sa culotte à l'envers,

une belle culotte garance

retournée

en couleur de boue, de sang, de plomb.


 

Les pères avaient perdu l'habitude

de marcher la tête droite,

les dos s'étaient chargés

du poids des morts.

 

 

L'avenir marchait à l'envers.

 

 

Un matin de février,

les peurs les plus glacées

s'étaient  assemblées

à la Capitale.

 

Brunes, sombres, hurlantes,

cherchant qui accuser

et qui couvrir d'opprobre.

 

La vague a déferlée jusque dans les ruelles.

 

Comme à Rome ou Berlin,

les peurs se mettaient en rangs bien droits.

 

De les voir au grand jour,

les plaies se dévoilaient,

les purulences suintaient.

 

 

Le premier choc passé,

les petits,

les indifférents,

ceux qui travaillaient trop et

ceux qui ne travaillaient plus,

les enfants mal grandis

et les femmes harassées,

se sont réveillés.

 

C'était le premier souffle,

la première respiration,

la première marche

vers quelque chose

qui ne se devinait qu'à peine.

 

Comme un vague espoir

 

qu'un jour peut-être

les enfants marcheraient

plus souplement

que ne l'avaient fait

les grands-parents

et leurs parents avant eux.

 

Mais que quoi que l'on obtienne

le plus important

était de resister

à cette tentation

de baisser la tête

de courber le dos

et d'obeir encore.

 

Alors, ils ont marché.

 

D'abord un peu timides,

éparpillés,

séparés.

 

Les gars des syndicats

et même ceux des partis,

n'avaient rien dit de précis.

 

Mais en arrivant,

ce matin-là,

sur la grande place

où débouchaient les faubourgs,

 

Les rangs se sont mêlés.

 

Parce que face au brun qui montait,

il n'y avait plus que ça à faire.

 

C'est un matin de février

qu'on les vit

marcher ensemble,

pour la première fois,

déborder la chaussée,

envahir les trottoirs.

 

On allait les revoir souvent

dans les deux ans qui suivirent,

et même si les histoires d'amour

finissent mal en général,

 

celle qui commenca le 12 février 1934,

entre Nation et République,

a laissé tant de traces

dans nos espoirs

que je ne peux l'oublier.

 

 

 

 

 

 

 

par La Sardine Masquée du Port publié dans : histoire d'en dire
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Commentaires

ok j'ai des frissons partout
t'es contente?
commentaire n° : 1 posté par : a n g e l (site web) le: 01/05/2006 10:46:33
Heu... C'est toi qui a écrit ces belles choses ?
commentaire n° : 2 posté par : Cristophe (site web) le: 01/05/2006 14:47:22
Que dire d'autre: Magnifique
Angel a raison...j'ai l'échine qui se hérisse!
commentaire n° : 3 posté par : mamicha (site web) le: 01/05/2006 22:18:20

Angel > c'est vrai que ça va pas arranger ton rhume.


 


Cristophe < ah, ben oui, hein, autrement, ça serait pas rigolo.


 


Molly > heu...ben...merci, hein, mais c'est trop là...

commentaire n° : 4 posté par : La Sardine Masquée du Port (site web) le: 01/05/2006 22:21:11
"Le Monde avait mis sa culotte à l'envers"...c'est bon comme de l'Aragon !
commentaire n° : 5 posté par : Molly le: 02/05/2006 01:44:13

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