eux

Samedi 12 novembre 2005
Depuis deux mois, j'ai un nouveau copain.
Ouais, un vrai comme quand t'étais p'tit.
Même qu'on se voit à l'école tous les jours, alors tu vois, hein...
Ti Cul, c'est mon copain.
Je dis Ti Cul dans ma tête quand je pense à mon nouveau copain du café du matin, à la terrasse devant l'école.
Avec les copines.
 Et les enfants des copines qui sont trop petits pour aller à l'école et puis les copines qui passent en courant et qui disent bonjour, comme ça en courant passant .
Les rues sont toutes en descentes affolantes par ici.
 Le matin, on dirait que c'est tout le quartier qui s'écoule en pente douce.
 Le port, c'est toujours les ailes aux pieds que tu l'approches.
Nous,
on s'accroche à notre table en fer
quelques grosses dizaines de minutes.
Résistant au courant vivifiant d’activité
Qui nous baigne
A se dire que c'est pas bien, mais qu'on fera mieux demain.
Et cette année on a un nouveau copain.
Et donc, j'le nomme Ti Cul parce qu'il vient du Québec et que je n'ai pas envie de vous dire son nom.
Parce que c'est mon premier copain à moi du Canada, alors je vais pas le prêter comme ça, à tout l'monde...
C'est mon copain à moi.
Même que ce matin, il m'a fait un cadeau.
Un vrai cadal.
Un morceau de lui et de ses fantômes.
Un tout p'tit livre de rien.
Un joli livre à quatre mains dont deux de lui.
C'est la première fois qu'un copain m'offre ses fantômes comme ça.
 
J'suis chanceuse.
 
J'ai déjà reçu mon plus beau cadeau de Nöel.
Merci.
 
 
 
Par La Sardine Masquée du Port
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Lundi 21 novembre 2005
Aujourd’hui, j’ai compté les jours.
Y’a pas,
30 jours en novembre
Moins 21 reste 7
Puis les 31 de décembre,
Je rajoute 2 de janvier
Et j’arrive à 42.
Ben, oui.
Encore 40 jours d’attente pour mes 42 ans.
2 ans de 40 ans
Ça fait bizarre quand t’y penses
Plus de 40 ans
Ça vous pose une femme, ça
Et même un homme.
Ça fait sérieux, compétent, responsable.
Ça fait adulte
Du genre qui sait remplir une feuille de sécu
Et négocier avec un banquier.
Du genre qui travaille et participe à la grande aventure du corps social.
Seulement
Moi, je ne sais pas faire ça.
Ni m’habiller comme il faut
Ni  savoir quand il faut
Que je me taise.
Ils avaient tous dit que ça viendrait tout seul.
Qu’un jour je saurai faire
Et même des projets
Et finir ce que je commence
Ne plus manger avec mes doigts
Me sentir concernée quand on dit Madame
Cesser d’attendre que le ciel s’ouvre
Et qu’en descende un destin.
Savoir compter et ne plus attendre
Faire et construire
Ordonner et sentir le poids
Des choses
Leur importance.
Mais
Je suis restée en attente sur mon banc
Je regarde passer les grands et je me demande
Comment ce sera
Quand ce sera mon tour.
Un grand vide
Une imposture
Un costume prêt-à-porter
Un rien
Derrière
Un oubli du temps
Un passé infini
Devenu présent
Sans à-coups.
De ces 42 ans
Je n’ai pas vécu grand-chose.
Mais j’ai vu
Rangé
Gardé
Classé
Archivé
Accumulé les vies des autres
Jalousement
Les passés et les présents
Bâti les futurs avec eux
42 ans que j’aime
Les autres.
Finalement
C’est pas si mal…
 
 
 
 
 
Par La Sardine Masquée du Port
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Jeudi 1 décembre 2005
Je regarde ta photo et je me souviens de ton visage.
J’ai l’impression de sentir sous mes doigts cette frange de cheveux fins comme ceux des enfants qui entourait ta calvitie.
Je devine l’arrondi un peu pointu de ton crâne que l’image ne me montre pas.
Ces tâches que la maladie avait dessinées sur ta peau et qui te faisait ressembler à un Gorbatchev rigolard, aux petits yeux malins.
Je n’aurai jamais crû que le  visage d’un  père puisse  s’imprimer aussi charnellement en moi.
Chaque pli de ta bouche, chaque irrégularité de tes traits.
Jusqu’au picotis de ta moustache quand je me penchais pour te dire bonsoir, et cette odeur de café un peu passée qui restait toujours accrochée à ta peau.
Par La Sardine Masquée du Port
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Jeudi 8 décembre 2005

Ma Longue Dame Brune à moi

ne chante pas

ou tard le soir

et ça beugle un peu.

Comme l'Autre, la Vraie,

elle a les cheveux courts

noirs d'un noir d'Espagne

et les yeux tout verts

translucides.

La peau en porcelaine anglaise

de petites tâches rousses à l'angle des pommettes.

La bouche en est presque indécente de carmin dans tout ce pâle.

Aux coins des yeux, y'a des p'tits traits légers

coquins plissés

et des lignes de vie fluctuantes

se creusent parfois dans ses joues.

 

Ma Longue Dame Brune à moi

n'est pas silencieuse

ni calme

ni toujours très douce

Elle a des grands pieds et des grandes mains

très grandes

avec des ongles solides et courts

du genre qui s'accrochent

comme ses dents

du genre qui croquent

et ne laissent rien passer

qu'elle n'ai goûté.

Avec ses grands bras

elle mouline l'air

autour d'elle.

Quand elle est là

on ne remarque plus personne autour.

Elle brasse, tourne, vire et repart

un mouvement perpétuel

dans une envolée de jupes et de foulards.

 

Ma Longue Dame Brune à moi,

porte toujours sa maison dans son sac

dans ses sacs

des gros, des p'tits, des jolis, des pas beaux

des sacs

des tas de sacs

avec des tas de choses dedans.

 

Ma longue Dame Brune à moi,

j'aimerai parfois qu'elle me mette

dans un de ses sacs

à l'abri

au chaud dans son fourbi

qu'elle me garde à jamais

avec elle

et surtout

surtout

 

je veux pas qu'elle meure

avant moi

Par La Sardine Masquée du Port
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Vendredi 9 décembre 2005

Je viens de relire mon post d'hier et je rigole comme une folle depuis 10 mm.

Qué  pataques ! C'est n'importe quoi !

Oui, j'écris directement, alors des fois, c'est pas clair, clair, j'en conviens.

Je viens de me rendre compte qu'à la lecture de ce texte, on pourrait croire que je parle de ma mère.

Ben non, ma maman est une toute Petite Dame Brune, pas longue du tout et pour la pâleur de teint, tu repasseras !

Non, hier, je vous parlais de cette pôvre fille qui a le privilège d'être mon plus grand soutien depuis  vingt ans.

Mon amie, ma coupine, ma pote, ma grande, ma très belle, celle qui est là même quand franchement...

Pour tout dire, et c'est pas rien, la seule personne a qui j'ai donné une baffe de toute ma vie.

Voui, à 42 ans ou presque, je n'ai jamais frappé qui que se soit, sauf elle...

Une fois et une seule.

J'avais des excuses, bien qu'elle n'y  fût pour rien,  j'vous raconterai un jour, promis, mais quand même, frapper la Grande...faut vouloir...

16 ans après, j'ai encore honte...

D'un autre côtè, j'aimerai bien savoir comment j'ai fait pour bondir jusqu'à sa hauteur avec assez de force pour la baffer.

Faut dire, qu'elle est vraiment grande, ma Grande et que j'ai plutôt le cul bas.

Du coup, cette gifle reste mon plus grand exploit sportif  homologué devant témoins à ce jour.

Merci à toi, ma Vrojnik.

 

Par La Sardine Masquée du Port
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Samedi 17 décembre 2005
Merci Ray, l'esprit qui rêve et veille au loin dans sa forêt du Grand Nord...
Par La Sardine Masquée du Port
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