Pas bon

Samedi 10 décembre 2005

 

Ce matin la Bête est revenue.

Pourtant, ça faisait longtemsp qu'elle s'était cassée, cette conne. (oui, ce matin, je vais dire des gros mots, parce que.Point barre).

Et puis, faut pas pousser, elle n'était pas partie, juste endormie, quoi. J'avais oublié que ça ne part jamais, ces saloperies.

Et là, au réveil, la claque.

La crise d'angoisse, la vraie, la gratinée.

Celle qui te met les tripes à l'envers, te scie les jambes et fait trembler tes bras.

Où t'en arrives à avoir du mal à marcher droit.  A croire que même ton oreille interne broie du noir.

Comment expliquer aux Normaux ce qu'elle est ?

Comment parler de ce crabe invisible, gâcheur de temps qui ne se rattrape jamais ?

Pasque va expliquer, toi, que "oui, tu as tout pour être heureuse " , que, "non, ça ne suffit pas de le savoir" que, "non, tu n'y peux rien, que ce n'est pas un problème de volonté."

Une crise d'angoisse, c'est un peu comme une dent éclatée : sur le moment, t'as beau te raisonner, t'es sûr que la douleur ne partira jamais.

Quand j'avais vingt ans, la Fidèle Compagne ne me quittait guère.

A force, t'apprends à faire avec, tu fais presque copain-copain avec le monstre. tu cesses de faire chier le monde avec ça, tu fais gaffe de ne plus te foutre en l'air toutes les cinq minutes, tu évites soigneusement les urgences-psy. Tu te félicites de chaque moment, chaque jour où tu ne t'es pas fracassée, où tu as goûté quelque chose de bon, de vivant.

 A l'époque, je rêvais d'avoir une Vraie maladie. Quelque chose de bien sanglant, purulent et visible. Légitime, non-discutable. Le genre de maladie qui crée la crainte et le respect appitoyé autour de toi.

Mais des vrais malades, des qui se battent pour ne pas crever trop vite, des qui ont cessé de se battre et qui sont morts, j'en ai autour de moi.

Et je me vois mal leur dire : "Z'y va, file moi ta merde. Toi, elle te fait chier et moi, elle me serait bien utile pour crever en règle."

En pleine crise, j'en arrive à envier les copains qui se sont réussis (Sales cons. Je ne vous pardonnerai jamais de ne plus être là), et même ceux qui ne demandaient rien et qui ont pris la route au mauvais moment (oui, Edouard, un jour je leur raconterai ton histoire et comment que t'étais un mec bien).

J'avais oublié la force d'une bonne crise.

Parce que bon, ma folie et moi, depuis déjà pas mal d'années, on avait passé un accord : je faisais semblant d'avoir envie de continuer et elle, de son côtè, ne venait plus me faire chier un jour sur deux.

Et puis les dépressifs-chiants, c'est comme les mauvais chanteurs : ça va un temps, après, faut se reconvertir.

Alors, je sais bien que la crise passera comme elle est venue.

Que je vais me réveiller ce soir ou demain de ce brouillard, les muscles douloureux et une fatigue physique énorme sur les épaules.

Mais en attendant, je vais en chier pendant quelques heures, voir quelques jours.

Et je ne voulais plus de ça.

J'ai plus la force de mes vingt ans.

Un copain plasticien au sourire de lutin me parle parfois de sa peur intime que l'on ne découvre un jour, qu'il n'est peut-être qu'un imposteur. Lui, parle d'Art.

Mon imposture à moi, c'est d'être vivante.

Un jour, ils vont tous se rendre compte que ce n'est pas vrai.

Que seuls les fantômes me sont familiers.

Que les Vivants, les Normaux, me font l'effet d'athlètes de haut-niveau quand je rame pour parcourir cinquante mêtres de ma vie.

J'ai pas envie que l'on me bassine avec les sempiternelles bonnes raisons de vivre, et gna gna gna, et ton enfant et ta famille et les p'tits oizeaux et tous les gens qui t'aiment et toutes ces possibilités que tu n'as pas encore explorées...

Et ben oui, banane, le propre du dépressif, le vrai, c'est que tout ça, ça suffit pas à vaincre sa peur. Si c'était le cas, ça se saurait.

Et c'est là, que les Normaux commencent à perdre les pédales.

L'anneau de Moebius, le serpent qui se mord la queue.

Par principe, par essence, l'Angoisse, la vraie, la pathologique, elle te paralyse la volonté et le désir.

Elle est rebelle à la logique et se démerde très bien pour retourner tous les raisonnements constructifs.

Alors, je vais attendre que ça passe.

Essayer de contrôler ma tête et mon ventre.

Me répéter que tout ce noir n'est qu'un symptome, une construction de ma psychée, que ça partira comme c'est venu.

Mais, merde, qu'il va être long ce week-end. 

 

 

Par La Sardine Masquée du Port
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Mardi 17 janvier 2006

 

 

 

 

 

 

Il ya des jours, et des soirs, où j'aime pas les gens.

 

 

 

 

 

 

 

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Par La Sardine Masquée du Port
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Vendredi 3 février 2006

J'ai pas le temps, je fais très vite, je reviens dans quelques heures broder sur le sujet, mais franchement, vous trouvez pas qu'il y a quelque chose de pas clair dans le monde des blogs de femmes séparées / divorcées ?

 

Je n'ai rien contre ces dames, souvent courageuses et si pleines d'abnégation maternelle (oui, là, je me moque...), mais bon, à les lire, tous les hommes sont des salauds, leurs ex sont des monstres et elles, des saintes.

 

et pourtant, quelque part dans mon petit cervelet, je ne trouve pas ça si clair...

 

Allez, là, c'est l'heure de partir, alors à tout de suite pour la suite.

Par La Sardine Masquée du Port
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Vendredi 3 février 2006
Me voici reviendue et je ne suis toujours pas contente.
 
Na.
 
Je voulais donc vous parler des blogs de femmes-séparées-mères de famille, qui pullulent sur le Net.
 
A priori, je n’ai rien contre elles.
 
J’aurai même tendance à en être plus proche que des mariées-bien en ménage-amoureuses z’et comblées.
 
Pour ne pas dire que j’en fais quasi-virtuellement partie.
 
Vu que je suis en train de préparer mon départ du domicile familial et qu’il y a bien longtemps que ma vie de couple n’est pas exemplaire.
 
Et qu’un bon paquet de mes copines à moi que j’aime, sont des monomothers.
 
Seulement, seulement, j’en ai un peu marre que toutes ces dames bloggeuses passent leur temps à débiner leurs ex.
 
Bon, si elles ne sont plus avec, y’a sûrement plein de raisons.
 
Et il doit bien y avoir quelques salauds sur le tas.
 
Mais autant ?!!
 
Surtout qu’en face, wouah, que des saintes !
 
Et que je te travaille et que je t’aime les enfants comme aucune mère ne l’a jamais fait avant moi, et que je suis courageuse, et que même j’ai gardé mon humour, ma féminité et gna gna gna et gna gna gna.
 
Oh, eh, faudrait voir à se calmer un peu là !
 
Faut p’têt pas pousser trop loin le bouchon de la Femme Parfaite quand même.
 
A trop en faire, c’est comme les fausses blondes, ça fait louche.
 
Surtout quand en face, on ne nous décrit que des salauds, sans cœur et sans tripes, prêts à tout pour faire chier leurs ex et bousiller leurs enfants.
 
Je ne nie pas le fait que des hommes comme ça existent, mais bon, charrions pas trop dans les généralités.
 
 
 
Les Zhommes… d’accord, c’est un grand mystère, un autre monde, un abîme insondable d’incompréhension et de silence parfois.
 
D’accord, ils ne fonctionnent pas vraiment comme nous, ils ont des goûts étranges et portent plus souvent le boxer-short que le string dentelles.
 
Y’en a sûrement des affreux, des méchants, des abandonnistes et des mauvais pères.
 
Mais je n’ai pas l’impression que, de l’autre côté de la barrière ce soit forcément mieux.
 
 
 
Tous les jours, je passe faire un tour sur deux ou trois blogs de Mères Courage.
 
Parfois drôles, souvent bien écrits, quelque fois émouvants, ils ont tous un point en commun.
 
Résumons le message subliminal véhiculé : Les Zhommes sont méchants, ils ne m’ont jamais comprise, ils ne savent pas aimer leurs enfants, et regardez comme je garde mon Humour, ma Dignité et surtout, contemplez avec respect ma Maternité Divine.
 
Parce que la Femme Seule Qui Fait Un Blog Pour Se Reconstruire, c’est d’abord et avant tout, une Mère.
 
A se demander si elles ont fait des gosses pour se caresser le nombril.
 
A croire que sans maternité, la Femme ne peut être complète.
 
Conneries.
 
Mauvaise foi.
 
Egocentrisme même pas revendiqué.
 
Image de la féminité tellement culcul que même à jeun, t’y crois pas.
 
Alors, sans vouloir vexer personne, sans faire de généralité ni de prosélytisme, je voudrai juste relever ici les statistiques et vous parler de mon cas personnel.
 
 
Je ne vais pas tarder à me séparer d’un Homme Bien.
 
Un qui n’est pas un salaud, qui ne m’a pas fait de mal, ne m’a pas trompée, pas battue, pas abîmée.
 
Un qui est un bon père, qui a pleuré à la naissance de sa fille, qui lui consacre du temps et de l’intérêt et qui n’a pas l’intention de se servir d’elle pour me faire souffrir.
 
Un qui pense aussi que l’on est parfois mieux tout seul que mal en couple.
 
Un qui ne confond pas l’affection et le sens de la propriété.
 
Un qui sait que toutes les histoires d’amour, si elles ne se finissent pas mal en général, arrivent parfois à leur terme.
 
Et que ce jour-là, il n’y a pas de coupable.
 
Pas de méchant.
 
Pas de salope non plus.
 
Juste des humains avec tout ce qui ne les relie plus.
 
Et tout ce qui ne les séparera jamais.
 
 
 
Je vais quitter cet homme parce que c’est mieux pour lui, pour notre fille et pour moi itou.
 
 
 
Les humains, à mon humble avis, ne sont pas toujours mieux à deux.
 
Je n’attends pas d’un couple qu’il m’apporte l’équilibre que je n’ai pas su construire seule.
 
Je ne crois pas au couple éternel, c’est un fait, ça n’engage que moi.
 
 
 
Mais je crois, vraiment, que l’on ne peut pas vivre en faisant tourner le monde autour de son nombril.
 
Je crois qu’il faut un village entier pour élever un enfant.
 
Je crois qu’il n’y a pas de règles en amour.
 
En fait, je crois très peu à l’Aââmuuurr Romantique.
 
 
Je crois à la tribu, au groupe, aux forces d’affections qui s’additionnent sans jamais se soustraire, à tous les hommes, femmes, enfants, vieillards et animaux qui ont pu m’aimer et continuent à le faire.
 
 
Mes amants sont parfois devenus mes amis, mes amours sont toujours restés mes amours, mes frères et sœurs de cœur me sont-ils plus lointains parce que nous n’avons jamais eu de relations sexuelles ?
 
Est-ce que je dois pleurer plus pour un père, un amant ou un ami mort ?
 
Y’a-t-il la moindre obligation à hiérarchiser ses affections ?
 
Si c’est le cas, alors je suis hors la loi.
 
Et je n’ai pas l’intention de m’amender.
 
Et non, je ne préfère pas ma cousine à ma voisine et ma voisine à une étrangère.
 
Et non, mon enfant elle-même n’a pas plus de droits qu’un autre enfant sur Terre.
 
Même lointain, même inconnu.
 
Et si je n’aime pas tout le monde (faut pas pousser quand même ), je refuse de classer les gens que j’aime par ordre de taille.
 
 
Donc et pour conclure, parce que j’aime aimer et non pas comptabiliser mes amours en pertes et profits, je ne sortirai pas cet homme de ma vie.
 
Parce que l’être humain  respectable et droit dont je suis tombée amoureuse il y a des années, existe toujours.
 
Parce que je n’ai rien d’une sainte, ni d’un cadeau.
 
J’essaierai de ne jamais salir qui que ce soit pour m’aider à mieux m’aimer.
 
 
Parce que je n’ai pas eu une enfant pour être sûr d’exister.
 
Je ne me servirai ni d’elle, ni de son image pour asseoir mon estime de mon moi à moi.
 
Et je vais tenter de lui foutre la paix au maximum en la regardant grandir, avec trouille au ventre et fierté immense.
 
Tout comme son père le fera.
 
Parce que c’est un homme bien.
 
 
 
 
 
Par La Sardine Masquée du Port
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Jeudi 2 mars 2006

Y'a un bidule de truc qui m'a tout changé la taille de la police de mon dernier texte !

et je n'ai pas un gramme de temps pour essayer de remédier à cela.

Milles excuses à vous.

Par La Sardine Masquée du Port
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Lundi 27 mars 2006

Quand j'étais une petite jeunette de printemps (autant dire, il y a une bonne trentaine d'années de cela), j'ai eu une révélation.

Une vraie.

 

De celles qui te marquent pour la vie toute entière jusqu'à ta mort et orientent le moindre de tes choix.

 

Je rentrais benoîtement de l'école, rien de spécial à l'horizon, pas de comète traversant  le ciel ni de trompettes retentissant dans les nuées.

 

Rien.

 

Et tout à coup, entre deux pensées vagues, une  évidence, une fulgurance, la Vérité frappant à la porte de mon cerveau :

 

Quoi que l'on fasse, on trouve toujours moyen de vivre jusqu'à l'heure de sa mort.

 

Ca n'a l'air de rien, mais il ne faut pas oublier que je n'avais jamais entendu parler de Monsieur de la Palisse.

Les implications induites par cette révélation s'enchaînèrent dans mon esprit à la vitesse d'une réaction moléculaire :

 

Pourquoi me prendre la tête pour organiser ma vie puisque je serai vivante jusqu'à ma mort ?

C'est  ainsi que je devins la petite fille la moins obsédée de son avenir qu'il me fût donné de connaitre.

 

Pas une glandeuse, ni une roublarde, non, juste une inadaptée chronique incapable de s'inquieter de ses jours futurs.

 

Je ne peux pas dire que cette particularité de mon caractère a amené la paix et la sérennité à mon entourage au fil des années.

 

Non, franchement, on peut pas dire.

 

Mais elle n'a pas eu que de mauvaises conséquences.

 

Bien sûr, je n'ai pas fait les études qui auraient dû être les miennes, je n'ai pas fait de carrière et mes coups de tête n'ont que peu fait rire mes banquiers au cours du temps qui passait.

 

Mais, je n'ai, en contre-partie, jamais travaillé pour des cons plus de quelques semaines, je ne suis jamais resté à ma place et je n'ai que bien rarement laissé ma langue dans ma poche.

J'ai appris une vingtaine de métiers différents et suis autant capable de monter un mur de pierres à la chaux  ou de poser une toiture en ardoises taillées à l'ancienne, que d'organiser des réunions de marketing, faire l'attachée de presse ou rédiger un texte sur commande.

 

Naturellement, je sers aussi  en terrasse, fais valser les friteuses à la demande  et repasse en pressing entre deux postes de chargée de clientèle ou de truc-muche au fond d'un bureau.

 

Tout ça pour vous dire, qu'au-delà de tous les inconvénients de ma révélation, je ne regrette pas mes choix.

 

La majorité d'entre eux tout au moins.

 

Ainsi, je n'ai jamais, ou presque, gagné ma vie avec mes passions.

 

De moins en moins, en fait.

 

Plus je vieillis, plus je suis sensible à la morale et à la déontologie.

 

Et c'est pas pratique pour manger.

 

Mais c'est mieux, pour dormir.

 

Vu de l'intérieur, les milieux universitaires et enseignants, ceux de presse ou d'édition, les associatifs et les  créatifs, les gens de scènes ou de lumière, n'ont plus que leur être à te donner.

 

Et, ce n'est franchement pas toujours reluisant.

 

Je n'ai pas su faire à l'époque avec les compromissions nécessaires , je le regrette pour deux trois trucs, comme ces duchmol d'études d'histoire jamais finies qui me manquent tant aujourd'hui.

 

En toute modestie (tu parles...), ce ne sont pas les connaissances qui me manquent, mais, la peau d'âne.

 

Celle qui me permettrai de trouver une planque au smic quelques heures par jour au lieu de faire valser les friteuses au fond d'un snack avant de cavaler à l'autre bout de la ville pour trifouiller mes archives.

 

L'envie du piston et de l'emploi fictif me gagne, ça doit être un effet de l'hiver finissant, ça va passer.

 

Je le sais.

 

Et finalement, les frites, c'est pas si mal, au moins t'as la conscience nette, à défaut d'avoir les mains propres.

 

Surtout si tes frites sont chaudes et que tu n'oublies pas le sel.

 

 

 

 

Par La Sardine Masquée du Port
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