Crânes des
anciens aux fondations de l'urbanité.
Os fragiles des jeunes hommes
au viol premier de la Terre.
Mère posée en douleur de vieEspoirs groupés de n'être mort pour rien.
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Crânes des
anciens
Mère posée en douleur de vieCe n'est pas le plus grand
ni le plus teigneux.
Il n'a ni la force de Jaurès
ni la hargne de Thorez.
A peine s'il croit lui-même
qu'il est bien à sa place.
Elle n'est pas si enviable
sa place
quand on y pense.
Dans tous les lendemains
qu'ils fredonnent à peine
ou qui déjà se lévent,
il faut bien un premier
à se mettre au travail,
et que les autres partent
en vacances.
Pour la première fois.
Il ne sera pas difficile
de trouver les erreurs,
les renoncements,
les faux-pas.
Mais c'était bien la première fois
que des promesses
s'incarnaient
en une telle réalité.
"
Je ne suis pas sorti souvent de mon cabinet ministériel pendant la durée de mon ministère, mais chaque fois que je suis sorti, que j'ai traversé la grande banlieue parisienne, et que j'ai vu les routes couvertes de ces théories de "tacots", de motos, de tandems, avec des couples d'ouvriers vêtus de "pull-over" assortis et qui montraient que l'idée de loisirs réveillait même chez eux une espèce de coquetterie naturelle et simple, tout cela me donne le sentiment que, par l'organisation du travail et des loisirs, j'avais malgré tout apporté une espèce d'embellie, d'éclaircie dans des vies difficiles, obscures, qu'on ne les avait pas seulement arrachés au cabaret, qu'on ne leur avait pas seulement donné plus de facilité pour la vie de famille, mais qu'on leur avait ouvert la perspective d'avenir, qu'on avait créé pour eux l'espoir.
"
Blum à son procés ordonné par Vichy en 1942.
C'est un temps que les moins de vingt ans
pourraient connaitre.
Un temps d'adolescence
que le poids des adultes
n'a pas encore cloué
au ras du sol.
Je sais les lendemains
qui ne chanteront pas.
Les désillusions
et les rêves dévoyés.
Je sais l'amertume de l'amoureux trahi.
Mais ce matin-là,
le rêve était tout neuf.
Mille ans au moins
pour en arriver là.
Et se dire que
demain
serai un autre jour.
Le Monde avait mis sa culotte à l'envers.
Et des Saint Eloi de partout
le lui claironnaient à l'oreille.
Le Monde avait mis sa culotte à l'envers,
une belle culotte garance
retournée
en couleur de boue, de sang, de plomb.
Les pères avaient perdu l'habitude
de marcher la tête droite,
les dos s'étaient chargés
du poids des morts.
L'avenir marchait à l'envers.
Un matin de février,
les peurs les plus glacées
s'étaient assemblées
à la Capitale.
Brunes, sombres, hurlantes,
cherchant qui accuser
et qui couvrir d'opprobre.
La vague a déferlée jusque dans les ruelles.
Comme à Rome ou Berlin,
les peurs se mettaient en rangs bien droits.
De les voir au grand jour,
les plaies se dévoilaient,
les purulences suintaient.
Le premier choc passé,
les petits,
les indifférents,
ceux qui travaillaient trop et
ceux qui ne travaillaient plus,
les enfants mal grandis
et les femmes harassées,
se sont réveillés.
C'était le premier souffle,
la première respiration,
la première marche
vers quelque chose
qui ne se devinait qu'à peine.
Comme un vague espoir
qu'un jour peut-être
les enfants marcheraient
plus souplement
que ne l'avaient fait
les grands-parents
et leurs parents avant eux.
Mais que quoi que l'on obtienne
le plus important
était de resister
à cette tentation
de baisser la tête
de courber le dos
et d'obeir encore.
Alors, ils ont marché.
D'abord un peu timides,
éparpillés,
séparés.
Les gars des syndicats
et même ceux des partis,
n'avaient rien dit de précis.
Mais en arrivant,
ce matin-là,
sur la grande place
où débouchaient les faubourgs,
Les rangs se sont mêlés.
Parce que face au brun qui montait,
il n'y avait plus que ça à faire.
C'est un matin de février
qu'on les vit
marcher ensemble,
pour la première fois,
déborder la chaussée,
envahir les trottoirs.
On allait les revoir souvent
dans les deux ans qui suivirent,
et même si les histoires d'amour
finissent mal en général,
celle qui commenca le 12 février 1934,
entre Nation et République,
a laissé tant de traces
dans nos espoirs
que je ne peux l'oublier.
Ce soir, un peu plus tard, lorsque tout sera calme, je vous parlerai de ça :
Et puis de lui, là :
Et d'eux aussi,
et surtout, d'eux :
Aujourd'hui, je vais faire appel à votre imagination.
Histoire de vous faire partager mon mal au crâne...
Imaginez donc, que vous rechercher des renseignements concernant un procés entre la ville de Marseille et des gentilshommes verriers, disons vers 1718.
Alors, comme vous n'étes pas des truffes, vous vous dites, "oh, ben c'est pas compliqué, hein, doivent avoir ça aux Archives Municipales ! Yaka demander !"
Et hop, vous v'là en route.
Jusque là, ça va.
Votre raisonnement est bon, les AM possèdent en effet toutes les délibérations municipales depuis le XIV° siècle, et l'année 1718 est accessible sans problème.
Toute guillerette, vous vous installez confortablement en salle de lecture et vous attendez que l'on vous amène le dit-document.
Parce que les archives c'est chouette, c'est comme au restaurant, on vous sert à table.
A l'arrivée de la liasse , comme d'habitude, c'est d'abord l'émotion.
Deux gros dossiers sont devant vous, encore fermés par leur liens d'origine, pâles et odorants comme seuls les très vieux papiers peuvent l'être.
Avec respect, timidement, religieusement, vous défaites les cordons si fragiles et vous commencez à tourner les pages.
A première vue, rien d'inhabituel, l'écriture semble bien lisible, aérée, délicate.
Oh, bien sûr, vous vous rendez compte tout de suite que le scribouilleur de service a pris son travail très au sérieux, qu'il est très sensible aux modes de son temps et qu'il a enrichi son écriture de volutes fort gracieuses.
Mais bon, pourquoi pas hein, il fait ce qu'il veut ce brave homme, vous vous en foutez, vous.
C'est quand vous vous penchez d'un peu plus près que vous sentez monter les premiers frissons d'angoisse...
Cet espèce de salopiot de sale bête passe son temps à relier ses lettres par des traits et des volutes totalement inutiles à la lecture, et le pignouf colle entre eux des mots qui ne devraient pas l'être, et il a une orthographe de cochon moldave(*).
Bien sûr, il n'y a ni index, ni table des matières thématique.
Non, non, non, c'est tout chronologique...
Et vous, vous n'avez aucune idée de la date de votre procés...
Va falloir tout se bouffer....
Les 300 et quelques pages...
Et leurs copines de la seconde liasse...
C'est là, au bout de deux heures, quand les yeux commencent à pleurer et que vos neurones se barrent en vacances, que vous vous demandez vraiment pourquoi vous n'avez pas décidé d'occuper vos loisirs à faire des maquettes en allumettes.
(*)Sainte Thérèse copyright
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