Je n'ai le temps de rien.
Le matin, j'allume mon ordi, je me promène un peu, je lis mon courrier.
Il y a plein de réponses à donner, de lettres à écrire, de commentaires trop fabuleux à laisser tout partout.
Et je ne le fais pas.
C'est pas que je veux pas, hein, faut pas dire de bêtises !
Mais je n'y arrive pas.
Parce que.
Parce que j'ai un correspondant inernet bien plus fort que vous tous réunis pour me bouffer mon temps.
Faut dire que pour un papy de plein de dizaines d'années, il tient la forme ce sacripant !
Et même que c'est un fou fini, un ravagé, un irrécupérable.
De plus, il est contagieux...
Au début, je ne me suis pas méfiée, je lui ais écrit juste pour un renseignement sur un point de généalogie sans importance.
Qu'est-ce que j'avais pas fait là...
Ce Môssieur, non content d'être tranquilement à la retraite, s'est mis en tête (têtue, la tête, c'est un vosgien quand même...), de retracer l'histoire des verriers à travers l'Europe.
Sachant, que les verriers forment une caste particulière relevant de la noblesse et de l'industrie à la fois. Sachant qu'ils sont mobiles et ne connaissent pas les frontières étatiques. Que pour ne pas voir se dilapider leur savoir, ils passent leur temps à se marier entre eux.
Imaginez la complexité des recherches les concernant.
Pour bien les comprendre, il faut imaginer des hommes dont tout l'art consiste à mélanger des élements bruts et sans intérets, à les chauffer si fort et si bien qu'il en résulte une nouvelle matière, presque magique, du verre.
Ils sont libres, sans attaches territoriales, les yeux et les oreilles ouverts afin d'affiner leur art.
Préservés de l'oisiveté de la noblesse et de l'humiliation de la dépendance.
Et donc, pour en revenir à notre vosgien ravagé, cela fait une semaine que je suis partie à la recherche de la verrerie perdue...
Tout a comencé un soir que je rentrais chez moi. La route était mauvaise et j'ai pris un raccourci.
Non, ça c'est autre chose.
Il y a juste eu un email, deux lignes :
"Salut cousine, tu voudrais pas jeter un coup d'oeil pour voir si tu trouves quelque chose sur une verrerie de Queylar établie à Marseille en 1770 ? Merci, cousin Hub"
Oui, il s'appele Hub et prend tous les autres fous de son entourage pour ses cousins.
Et là, c'était fini, et moi, j'étais dans la panade...
Parce que tant que j'aurai pas retrouvé cette nom de nom de verrerie, je ne pourrai pas faire autre chose.
Et que reprendre l'organistion des verreries à Marseille au XVII° et XVIII° siècles, c'est Columbo qui filerait un coup de main à Hercule Poirot, si tu veux t'en sortir.
Je pense voir le jour et émerger de mes liasses de papiers d'ici à une dizaine de jours, je tenterai de faire surface de temps en temps, mais je ne peux rien vous garantir.
A tout bientôt !
J'en reste sur le postérieur.
Jamais je n'aurai cru que mon précédent post allait vous tititllez à ce point-là.
Merci à tous ceux qui sont allés taquiner Gougoule pour m'aider.
J'hésite à rentrer trop dans les détails de mes recherches lorsque je réponds à vos commentaires, de peur de vous lasser.
Mais si certains d'entre vous le souhaitent, je vous ferez un topo en fin de semaine prochaine.
Pour les autres, c'est pas bien grave, je ne tarderai pas à reprendre le cours de mes divagations habituelles.
Gros, gros bisous à vous tous
Aujourd'hui, je vais faire appel à votre imagination.
Histoire de vous faire partager mon mal au crâne...
Imaginez donc, que vous rechercher des renseignements concernant un procés entre la ville de Marseille et des gentilshommes verriers, disons vers 1718.
Alors, comme vous n'étes pas des truffes, vous vous dites, "oh, ben c'est pas compliqué, hein, doivent avoir ça aux Archives Municipales ! Yaka demander !"
Et hop, vous v'là en route.
Jusque là, ça va.
Votre raisonnement est bon, les AM possèdent en effet toutes les délibérations municipales depuis le XIV° siècle, et l'année 1718 est accessible sans problème.
Toute guillerette, vous vous installez confortablement en salle de lecture et vous attendez que l'on vous amène le dit-document.
Parce que les archives c'est chouette, c'est comme au restaurant, on vous sert à table.
A l'arrivée de la liasse , comme d'habitude, c'est d'abord l'émotion.
Deux gros dossiers sont devant vous, encore fermés par leur liens d'origine, pâles et odorants comme seuls les très vieux papiers peuvent l'être.
Avec respect, timidement, religieusement, vous défaites les cordons si fragiles et vous commencez à tourner les pages.
A première vue, rien d'inhabituel, l'écriture semble bien lisible, aérée, délicate.
Oh, bien sûr, vous vous rendez compte tout de suite que le scribouilleur de service a pris son travail très au sérieux, qu'il est très sensible aux modes de son temps et qu'il a enrichi son écriture de volutes fort gracieuses.
Mais bon, pourquoi pas hein, il fait ce qu'il veut ce brave homme, vous vous en foutez, vous.
C'est quand vous vous penchez d'un peu plus près que vous sentez monter les premiers frissons d'angoisse...
Cet espèce de salopiot de sale bête passe son temps à relier ses lettres par des traits et des volutes totalement inutiles à la lecture, et le pignouf colle entre eux des mots qui ne devraient pas l'être, et il a une orthographe de cochon moldave(*).
Bien sûr, il n'y a ni index, ni table des matières thématique.
Non, non, non, c'est tout chronologique...
Et vous, vous n'avez aucune idée de la date de votre procés...
Va falloir tout se bouffer....
Les 300 et quelques pages...
Et leurs copines de la seconde liasse...
C'est là, au bout de deux heures, quand les yeux commencent à pleurer et que vos neurones se barrent en vacances, que vous vous demandez vraiment pourquoi vous n'avez pas décidé d'occuper vos loisirs à faire des maquettes en allumettes.
(*)Sainte Thérèse copyright
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